Décryptage de la “réponse” d’Emmanuel Macron aux 150

Cela fait des mois que nous nous préparons à ce moment, Emmanuel Macron répondait ce matin publiquement dans le jardin de l’Elysée aux 150 citoyen.ne.s tiré.e.s au sort de la Convention Citoyenne pour la Climat. Une semaine seulement après le vote des mesures et le rendu de leur rapport final. Emmanuel Macron débute son discours en annonçant qu’il rejette 3 mesures sur les 149 proposées. Une apparente bonne nouvelle pour le travail des 150 qui aura duré 9 mois au total. Mais qu’en est-il vraiment ? Pour celles et ceux qui n’ont pas pu le regarder, voici un décryptage de cette actu, signé On Est Prêt.

 

 

Oui à la prise en compte de mesures “plus écolos” ...

L’aventure de la Convention Citoyenne continue de surprendre. Après avoir suscité un engouement inespéré et essuyé de vives critiques ces derniers jours, Emmanuel Macron annonce que 146 dès 149 mesures seront retenues. Un joli score nous direz-vous, avec un engagement sur un plan de 15 milliards pour la conversion “écologique” de l’économie française (concordant avec les chiffres de la Stratégie Nationale Bas Carbone, on vous explique tout dans cette vidéo). "Il faudrait investir 15 à 18 milliards supplémentaires CHAQUE année si on écoute les objectifs de la SNBC" nous expliquait Benoît Leguet, directeur de l4CE lors de la session 5 de la Convention. Emmanuel Macron promet aussi un “petit bonus” : un projet de loi “multi mesures” reprenant en grande majorité les mesures des 150 qui devrait être présenté à l’Assemblée à la fin de l’été..

En écoutant ce discours, sans connaître sur le bout des doigts les mesures des 150 et les implications de chacune d’entre elles, il est compliqué de se rendre compte des “absences” de prises de position de cette réponse.

 

… Mais sans toucher (ou presque) à la croissance et à notre modèle économique

Outre le rejet (attendu) de la limitation à 110 km/h sur les autoroutes, qui déchaîne les passions depuis une semaine, Emmanuel Macron a précisé qu’il rejetait fermement deux autres propositions, bien plus impactantes de la Convention.

La taxe de 4% sur les dividendes des entreprises supérieures à 10 millions d’euros pour financer la transition écologique.
"Le secteur privé a aussi un rôle à jouer. Et c’est notamment pour cela, je le dis clairement, que je suis en désaccord avec la taxe de 4 % sur les dividendes que vous proposez. Je ne dis pas qu’il ne faut pas réorienter une partie des investissements vers des investissements plus verts, mais mettre une taxe sur tous les investissements, c’est réduire notre chance d’attirer l’investissement supplémentaire.”
Une mesure qui était pourtant soutenue par 83% des Français.es. (Sondage Elabe)

 

 

→ ”Les citoyens avaient proposé cette taxe de 4% sur les dividendes pour financer leurs mesures, une tentative de corriger la captation massive de la richesse par les marchés financier et leur responsabilité immense dans la crise climatique. Emmanuel Macron, dont on connaît le passé dans la finance, a utilisé son Joker pour éviter qu’elle ne passe à l’Assemblée." a réagi Alma Dufour, chargée de campagne surproduction, pour Les Amis de la Terre.

Enfin, Emmanuel Macron utilise son 3ème “joker” sur la réécriture du préambule de la Constitution Française pour y intégrer que “la conciliation des droits, libertés et principes ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité”. Pour lui une telle modification menace notre société en plaçant la protection de l'environnement “au-dessus des libertés publiques, au-dessus même de nos règles démocratiques”.

Plus généralement, certaines mesures n’ont pas été mentionnées, comme celle sur l’interdiction de la publicité pour les produits polluants (ce n'est pas de la décroissance ça ?), la baisse de 20% des produits laitiers et carnés dans nos assiettes et dans les cantines… Et quelques autres mesures retoquées ou remaniées par Emmanuel Macron, comme l’explique très bien le Réseau Action Climat (RAC) dans ce communiqué (à lire !).

 

Et le(s) référendum(s) dans tout ça ?

Les 150 avaient voté il y a une semaine, non sans débattre longuement autour de la question POUR un référendum sur une ou plusieurs de leurs mesures. En privilégiant donc deux référendums : l’un sur la réécriture du préambule cité ci-dessus et l’intégration de la notion d’écocide dans la loi (pour les plus curieux.ses retrouvez toutes les infos nécessaires sur le site de Notre Affaire à Tous). Emmanuel Macron a également repoussé cette option de référendum et souligné qu'il s'appuierait sur la Convention Citoyenne pour le Climat et des juristes pour voir comment la notion d’écocide pourrait s'intégrer dans le droit français « dans le respect de nos principes fondamentaux ».
Pour un décryptage de cet engagement → l'article de Wild Légal.

Finalement, deux “nouveaux” référendums sont annoncés et choisis par Emmanuel Macron :

  • L'introduction des notions de “biodiversité, d’environnement et de lutte contre le réchauffement climatique “ dans l’article premier de la constitution d’ici fin 2021.
  • Un second à questions multiples sur plusieurs projets de lois (qui seront précisés cet été).

En bref, un bilan quelque peu mitigé, il va falloir rester vigilante.s et continuer de mobiliser tou.te.s les français.e.s pour s’assurer que la voix et le travail des 150, désormais formé.e.s en association, ne restera pas une énième initiative citoyenne récupérée politiquement par nos gouvernements.

Quant-à-vous qui êtes resté.e.s jusqu’au bout, vous pouvez continuer de les soutenir en partageant la campagne citoyenne inédite “Imagine, on le fait” et en allant vous aussi voter pour chacune de leurs mesures (et vous les approprier pour mieux les comprendre) sur voter pour le climat !

 

 

A très vite ! 
L’équipe Citoyens Reporters / On Est Prêt

 

Pour ne pas manquer la suite abonnez-vous à notre newsletter :

 

Soutenez On Est Pret :


Je partage :